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Une très belle version des Vier letzte Lieder

vendredi 8 juillet 2011 par Jean Lefranck

Etrange enregistrement. Lors de son écoute, les émotions sont très entremêlées. D’abord l’admiration pour une diction fluide et une grande aisance stylistique. L’orchestre est assez dense mais sans lourdeur rendant hommage à l’extraordinaire orchestrateur qu’est Richard Strauss. La soprano est à l’aise dans toute la tessiture. La voix assurée avec un vibrato maîtrisé est timbrée agréablement, assez claire avec un voile de mélancolie qui sied bien à ces lieder d’adieux à la vie. Une écoute en aveugle fera penser à une voix expérimentée dans ce répertoire car capable d’en déjouer tous les pièges. Il est en revanche impossible de deviner qui est cette soprano.

Yvonne Kenny reconnaissable entre toutes par son timbre rare et corsé, toujours lumineux sur tout l’ambitus a été une Cléopâtre tout à fait inoubliable, aussi séduisante que touchante. Bien des rôles de Haendel et Mozart ont semblé avoir été écrits pour sa voix. Ses incarnations d’héroïnes romantiques italiennes ont aussi été remarquées dans les plus grands théâtres. Rien ne permettait de prévoir l’évolution de cette voix si claire vers cette mélancolie. La rareté du timbre fait place à une autre dimension certes plus générique mais efficace pour recentrer le propos sur la partition et non la seule voix. La science du chant est sidérante permettant non une adaptation au temps qui passe mais une évolution vers un nouveau pan de répertoire très convaincant. Car Yvonne Kenny est très à l’aise dans les mélismes évanescents de Beim Schlafengehen et les longues phrases de Im Abendrot. Les tempi allants de Johannes Fritzsch aident certainement au soutien d’un souffle ici très confortable. Morgen est dans la même veine alors que Zueignung va vers d’avantage d’héroïsme assumé. Les extraits du Chevalier à La Rose prenant appui sur un texte fort bien dit prouvent combien Yvonne Kenny a su passer de Sophie à Marie-Thérèse avec art. Les partenaires sont agréables avec une belle homogénéité. La théâtralité discrète de ces pages offre un moment très plaisant rappelant les nombreux succès obtenus par Yvonne Kenny dans ce rôle sur les plus grandes scènes. Voici un récital réussi par une cantatrice que peu attendent dans un répertoire, qu’elle défend avec conviction par l’expression aujourd’hui plus mélancolique, d’un timbre autrefois très lumineux.

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- Richard Strauss (1864-1951), Lieder dont Vier Letzte Lieder ; Der Rosenkavalier, extraits de l’acte I et III
- Yvonne Kenny, soprano
- Avec Lorina Gore, Sophie ; Kirsti Harms, Octavian ; David Hibbard, Faninal.
- Queensland Symphony Orchestra
- Johannes Fritzsch, direction
- 1 Cd ABC Classics ABC 476 3954. Enregistré en 2008 en Australie










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