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Manque d’esprit déconcertant

vendredi 24 avril 2009 par Laurent Marty

Claire-Marie Le Guay poursuit dans ce troisième volume son exploration croisée des sonates de Haydn et Mozart. Un rapprochement qui n’est logique qu’en apparence, tant les styles des compositeurs, les dimensions des œuvres, leurs périodes de création et leur destination sont différents. Marc Vignal, auteur du texte de présentation, confesse d’ailleurs implicitement ce manque de lien en écrivant : « Les œuvres réunies ici […] ont été sélectionnées en fonction de critères plus inattendus pouvant mettre aussi en évidence leurs différences. » En clair : « Circulez, y a rien à voir ». Ce n’est pas grave, après tout il s’agit d’œuvres plaisantes - sans doute même plus que cela pour Haydn – ce qui suffit amplement pour donner envie d’écouter un tel programme.

Comme dans les précédents volumes, ont est étonné par la différence de réussite entre les deux compositeurs. Le Mozart de Claire-Marie Le Guay est charmant, clair, plus gai que profond et même plus galant que véritablement gai. Le toucher est soigné, l’articulation déliée mais pas toujours idéalement fluide ou légère. Surtout, esprit et théâtre sont désespérément absents. La dimension humoristique de la Sonate KV309, écrite à Mannheim en des jours d’euphorie, est ainsi totalement éludée. C’est joli, mais déjà vu.

Son Haydn, par contre, est triste, appliqué, scolaire. Tempos lourds, toucher peu nuancé et parfois traînant accentué par une prise de son clinquante, accentuation molle, quelques mignardises dans les ornements. Surtout, l’absence de construction est vraiment choquante Ainsi, le premier mouvement de la Sonate Hob. XVI:50 est pris dans un tempo prudent, plus Andante qu’Allegro, qui ne cesse de ralentir au fil du développement au point que la réexposition est presque une fois et demie plus lente que l’exposition. Problème : cette lenteur enlève tout dynamisme à l’écriture et va entièrement à contresens de ses effets dramatiques.

Que veut démontrer ce choix interprétatif ? Quelle lecture se cache derrière cela - si tant est qu’il y en ait une ? Les éléments concertants annoncés dans le livret (d’ailleurs surtout présents dans la sonate KV333) sont curieusement absents dans cette approche qui minimise toute dimension orchestrale et dramatique. Quant à l’esprit… réécoutez Gould ou Brendel !

Bref, tout cela est ennuyeux et terne, si éloigné de l’esprit de ces œuvres qu’à peu près n’importe quelle autre version fera mieux l’affaire. D’autant qu’au même moment paraît le disque Haydn autrement convaincant de Zhu Xiao-Mei chez Mirare.

Claire Marie Le Guay sera présente au douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Sonates pour piano n° 7 KV309 et n°13 KV333
- Joseph Haydn (1732-1809) : Sonates Hob. XVI:50 et Hob. XVI:46
- Claire Marie Le Guay, piano
- 1 CD Accord 480 1704. Enregistré en juillet 2008 à L’IRCAM.











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