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Confidences brahmsiennes

lundi 2 août 2010 par Laurent Marty

A force d’écouter sur France Musique les analyses lumineuses et sensibles de Philippe Cassard, on avait presque fini par croire qu’il n’était qu’homme de radio. Heureusement, ce disque vient opportunément nous rappeler quel pianiste il est, même si sa carrière discrète ne l’amène que trop épisodiquement sous les feux de la rampe.

A revoir la discographie de ces pièces pour préparer cette chronique, on a été étonné de constater que les grands pianistes brahmsiens ont longtemps hésité à enregistrer ses derniers opus, leur préférant les recueils de jeunesse. Mais quels enregistrements : Wilhelm Kempff, par deux fois ; puis Stephen Bishop et Radu Lupu ! Depuis quelques années la tendance semble s’inverser et la jeune génération trouve un souffle nouveau pour ces ultimes confidences : Nicholas Angelich, Hélène Grimaud et maintenant Philippe Cassard.

Le parti pris de Cassard est celui de l’intimité. Tempos sages, qui laissent les mélodies chanter amplement, très grande attention portée à la richesse polyphonique, éclairée comme jamais. Une impression de grande maturité et de chaleur se dégage de cette approche calme, réfléchie, qui semble scruter le moindre recoin du texte. Mais c’est surtout l’extraordinaire variété des couleurs qui étonne.

Aidé par un piano profond et très coloré, le pianiste fait oublier les marteaux pour une palette infinie. L’ampleur sombre de l’écriture est éclairée par des pianissimos presque irréels de légèreté, les harmonies complexes se parent ainsi d’éclats presque debussystes. Le sens du toucher et la virtuosité sont d’un grand maître.

On pourra trouver, cependant, qu’une telle attention de coloriste fait oublier parfois l’élan et l’énergie de ces pièces. Il est d’ailleurs intéressant de comparer l’opus 117 à celui d’Yves Nat : les sonorités ont comme un air de famille, profondes et saturées de couleur. Mais Nat, plus combatif, trouve un élan toujours renouvelé là ou Cassard, prend son temps. Cette approche très introspective n’est pas, a priori, ce que nous attendions ici ; c’est la force de ce grand interprète que de nous convaincre de l’absolue cohérence de son propos.

Un bémol, et de taille : la qualité de l’enregistrement. Audiblement hypnotisé par la richesse du très beau Steinway, le preneur de son nous fourre les oreilles dans la table d’harmonie, dans une salle de concert vide à la forte réverbération. Le résultat est magnifique dans la nuance piano, confus dès le mezzo-forte et franchement agressif dans les forte, dont heureusement le pianiste n’abuse pas.

Cette nuance de déception technique ne doit cependant pas vous retenir d’écouter ce disque magnifique d’un pianiste d’une rare sensibilité.

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- Johannes Brahms (1833-1897), Klavierstücke Op. 116, 117, 118 et 119
- Philippe Cassard, piano
- 1 CD Accord 480 3412. Enregistré en juillet 2009 à Cork, Irlande.











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