ClassiqueInfo-disque.com



Christophe Desjardins, Alto/Multiples

mardi 4 mai 2010 par Madeleine Stempin

Hector Berlioz disait avec raison « De tous les instruments de l’orchestre, celui dont les excellentes qualités ont été le plus longtemps méconnues, c’est l’alto. » Peu connu, mal connu, sans cesse dans l’ombre des deux divas qui l’entourent dans le quatuor à cordes, l’alto attend le début du XXème siècle pour s’épanouir sous le regard curieux de compositeurs iconoclastes.

C’est une véritable histoire de l’alto moderne et contemporain que nous offre Christophe Desjardins dans le premier volet, Solos, de son dernier disque Alto/Multiples.

Depuis la Sonate pour alto seul op. 25 n°1 de Paul Hindemith, composée en 1922 et considérée comme la première œuvre majeure pour alto seul, l’altiste interprète six pièces qui, par la richesse et l’originalité de leurs langages, ont marqué l’évolution de l’écriture pour alto et, plus généralement, de la musique savante. Six pièces majeures qui ont bouleversé la conception instrumentale des siècles précédents, six pièces majeures où le beau pour le beau se trouve modifié par la recherche perpétuelle de nouvelles sonorités.

Chaque pièce innove sur un aspect différent. La Sonate pour alto seul de Paul Hindemith développe pour la première fois des possibilités de timbre, de virtuosité et d’écriture soliste polyphonique. La Sonate für Viola (1955) de Bernd Aloïs Zimmermann, clin d’œil chargé de sens au choral Gelobet seist du, Jesu de Jean-Sébastien Bach, part à la conquête d’une palette sonore riche en couleurs grâce à une multiplicité de modes de jeux. Furieuse, l’incontournable Sequenza VI (1967) de Luciano Berio marque par l’importance qu’elle accorde au geste instrumental dans ce tremolo débordant de colère. Le Prologue (1976) de Gérard Grisey, monument de la musique spectrale, décompose avec génie toutes les composantes du spectre harmonique tandis qu’Einspielung III (1982) d’Emmanuel Nunes explore, amusé, les différentes capacités de l’interprète en jouant sur plusieurs procédés de variations rythmiques, de dynamique, d’accentuation ou d’articulation. Enfin la pièce toute récente Figment IV (2007) d’Elliott Carter conclut ce récital avec créativité.

Le second volet, Multiples, fait appel à des techniques électroniques, re-recording, délais, transposition, diffusion de fichiers sonores préenregistrés, pour ouvrir encore un peu plus loin un horizon musical qui a soif de nouvelles émotions. Christophe Desjardins y fait la part belle au répertoire ancien avec une interprétation du Ricercare 1 de Domenico Gabrielli mais il s’approprie également deux chansons et un madrigal : Tant Plus Ayme de Gilles Binchois (adaptation de Georg Krôll), Malor me bat de Johannes Ockeghem (adaptation de Bruno Maderna), et Madrigale X de Carlo Gesualdo (adapté par Christophe Desjardins lui-même). Trois pièces contemporaines complexes viennent s’immiscer parmi ces oeuvres anciennes : Massagesquisse de Pierre Boulez, Canzona nueva de Wolfgang Rihm et Elettra d’Ivan Fedele.

Un programme cérébral et élitiste certes, mais qui mérite réellement d’être abordé avec attention pour toute personne souhaitant se familiariser avec l’alto et l’esthétique musicale contemporaine.

Christophe Desjardins est aujourd’hui une personnalité incontournable de l’univers de la musique savante contemporaine. Toujours tourné vers l’innovation et proche des plus grands compositeurs du moment, il participe activement à la constitution d’un répertoire dense et de qualité pour son instrument. La perfection de son jeu, notamment dans sa qualité de son et son aisance à réaliser des prouesses techniques inégalées, ne pourrait pas être mieux adaptée à la rigueur et la précision que demande le répertoire qu’il aborde. Un répertoire qui nécessite des qualités techniques remarquables mais, bien plus encore, une réflexion et une ouverture d’esprit assez large pour savoir toujours se renouveler et s’approprier des langages jusque là inconnus.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paul Hindemith (1895-1963), Sonate pour alto seul op. 25 n°1
- Bernd Aloïs Zimmermann (1918-1970), Sonate für Viola
- Luciano Berio (1925-2003), Sequenza VI
- Gérard Grisey (1946-1998), Prologue
- Emmanuel Nunes (né en 1941), Einspielung III
- Elliott Carter (né en 1908), Figment IV
- Christophe Desjardins, alto
- 1 cd Aeon AECD0981.











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 291861

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Aeon   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License