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Carrosserie de luxe pour mécanique poussive

mardi 5 juillet 2011 par Fred Audin

L’objet est joli, avec son double volet dépliant, son imagerie urbaine à base de tags, où, sur le picture CD lui-même, se combine le portrait comme au pochoir du compositeur. Il y a a contrario assez peu à lire, l’essentiel consistant en la promotion de l’ensemble Les Siècles, formation originale de musiciens polyvalents sous la direction du très réputé et célébré François-Xavier Roth, dont le travail de défrichage ne peut susciter que des louanges. La musique de Martin Matalon en provoquera-t-elle autant ?

Martin Matalon est né à Buenos Aires, fixé à Paris après des études américaines. Révélé au grand public par la bande-son de la version restaurée de Métropolis de Fritz Lang (celle incomplète de 2007 avant qu’on rejoue la musique d’origine et qu’on retrouve le négatif 16mm des scènes manquantes), il est aujourd’hui professeur de composition au CRR d’Aubervilliers où Guillaume Connesson enseigne l’orchestration. Il a aussi produit de nouveaux accompagnements pour les films muets de Buñuel des années 30. Pour citer la biographie de son site officiel, que répète la courte notice du disque : « Initiée en 1997, la série des Trames, œuvres à la lisière de l’écriture soliste du concerto et de la musique de chambre, et la série des Traces qui constitue pour le compositeur une sorte de « journal intime compositionnel » et destinée à des instruments solistes avec électronique en temps réel, forment un pan important de son catalogue. »

François-Xavier Roth est un habitué de l’œuvre de Matalon, dont il a donné aux Proms en 2010 la création de Lignes de fuite avec l’Orchestre national de la BBC du pays de Galles [1], pièce qui donne une idée assez exacte du style actuel du compositeur, avec ses agrégats de harpe et de célesta, et les différents fils tissés des pupitres qui s’échafaudent dans un tissu complexe et ajouré.

Trame IV pour piano principal et 11 instruments donne l’impression d’une musique dont l’agitation (toujours à mi-voix) compense mal le manque de contenu. Dans la lignée de Satie, mais sans sa profondeur, on pourrait parler de musique d’ameublement, qu’on imagine volontiers comme la bande son d’un film de caméra de vidéo-surveillance passé en mode « avance rapide ». Tel l’inspecteur assis devant l’écran, on recherche en tous sens le suspect dans la foule, en vain, car malgré les divers déguisements de trompette, d’alto solo, le sujet reste introuvable : seule la trame se déploie, dans des rythmiques répétitives de métropolitain, avec ses nécessaires arrêts en station, parée de broderies à la machine à coudre, sans le moindre sentiment, et même fort peu de sensations, le joyeux chaos final se refermant sur lui-même comme un petit Sacre mort-né, plus implosif qu’explosif, au chronomètre des machines d’usine qui s’enrayent. Fort bien interprété au demeurant, mais quoi de neuf ?

Trame II, par la présence du clavecin est plus immédiat, sorte de pièce de musique de chambre en septuor. Ici on entendrait la bande-son d’une série anglaise télévisée en noir et blanc des années 60, voire celle d’un bon vieux José Bénazéraf. Les textures sont jolies, le tricotage de l’instrument principal moins omniprésent, un violoncelle égrène des pizzicati jazz, on vibraphone entre des clusters d’accordéon, et quelques phrases free de trompette bouchée. La séparation en mouvements délimite une structure : vers le milieu de la pièce, un ostinato mécaniste semble vouloir imposer un rythme motorique comparable à celui de la première Kammermusik d’Hindemith (c’était en 1923), le clavecin se lance dans une cadence qui évoque Hungarian Rock de Ligeti puis dégénère en répétitions minimale à la Frédéric Rzewski. Le tutti final convoque quelques rythmes latins, avant une extinction mystérieuse. Toujours cette sensation qu’il manque l’image…

Au début de Trame VIII, il pleut des cendres radioactives sur un japon stérile. Des clochettes tintinnabulent comme des mobiles agités par le siroco. Quelques cuivres s’étiolent en phrases filandreuses par-dessus le marimba soliste. La clarinette et les cordes se repassent l’éternel motif de locomotive essoufflée, rythmé par quelques notes graves piquées au piano contrastant avec des trilles dans l’aigu. Il est évident que cette trame ornée de glissandi de cuivres demande de la part des exécutants et du chef une diabolique précision rythmique et qu’on a affaire à un ensemble de virtuoses hors-pairs, dont la réunion permet une transparence parfaite des épisodes ; c’est d’autant plus admirable que les différente plages sont enregistrées en concert (dans un silence religieux de l’assistance). Le jeu ne saurait être en cause, il parvient à donner l’illusion d’une improvisation nourrie de motifs aléatoires, mais quel est le dessein général de ce squelette, sinon un jeu perpétuel de rétractations, de dislocation, de Lignes de Fuite dans un système de perspective invariablement mono-focale ? La fin fait tendre l’oreille, il ne s’y passe plus rien ; le sentiment se fait jour que la musique pourrait commencer.

Il y avait plus d’originalité et de mouvement dans Traces que dans Trames que l’électronique habillait de vêtements plus susceptibles de suggérer certaines visions d’horreur, de craquements, de ruptures. Ces Trames purement instrumentales –et c’est là leur intérêt principal-se révèlent à la fois plus supportables et moins drôles. Le disque fait moins de 50 minutes : c’est un avantage non négligeable.

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- Martin Matalon (né en 1958), Trame IV pour piano et 11 instruments
- Florence Cioccolani, piano
- enregistré en concert à la Coursive de La Rochelle le 20 novembre 2009
- Trame II pour clavecin et 6 instruments
- Maude Gratton, clavecin
- Trame VIII pour Marimba et 6 instruments
- Eriko Minami, marimba
- Enregistrés en concert au Méjan d’Arles le 15 novembre 2009
- Les Siècles
- François-Xavier Roth, direction
- 1CD Musicales Actes Sud

[1] visible sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=_Gqh... et suivant. En Anglais Convergent Lines ce qui appuie, de façon intéressante sur la notion exactement opposée, l’écart entre les deux dénominations décrivant assez bien les pôles de la démarche de Matalon.










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