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Beethoven : Messe en Ut et Cantate pour Joseph II

mercredi 11 février 2009 par Cyril Brun

Capté en direct, il convient d’apprécier ce disque présentant une partie de l’oeuvre liturgique de Beethoven non comme un enregistrement travaillé et retravaillé, avec ses coupes et ses raccords dus à la technique, mais bel et bien comme un concert, avec l’habituelle indulgence du direct, mais aussi certaines limites de la prise de son.

Ainsi, comme il est de coutume pour un concert, il faut attendre quelques mesures avant d’avoir un avis juste sur la qualité de l’orchestre. Il faut donc passer sur les entrées un peu floues des bois, les arrivées parfois brusques des instruments, presque précipitées dans le premier mouvement. Pourtant le reste, qu’il s’agisse de la Cantate ou de la Messe en Ut, souffrira encore parfois de ces légers désagréments au cours desquels l’orchestre se cherche un peu, tente de ressentir le public puis finalement trouve ses marques et se libère. Toutefois, il ne faut pas attendre longtemps pour que l’équilibrage entre voix et orchestre se fasse. Le chœur de la radio lettone se dévoile d’emblée pur et franc, chaleureux et habitant de sa présence les deux œuvres. Si l’on peut en dire de même globalement de l’orchestre de Montpellier, il n’en demeure pas moins que l’on peut être gêné, surtout dans la messe, par la surreprésentation des cordes, non pas trop en dehors, ce qui traduirait un défaut d’équilibrage qu’il ne serait pas juste de voir ici, mais plutôt trop en devant, trahissant peut-être un problème de sonorisation dû à l’enregistrement. Cette surprésence des cordes tirera toutefois par moment l’auditeur de sa contemplation, comme réveillé par la présence d’un importun. Fidèle à l’esprit du compositeur, le jeu des nuances donne sans conteste sa verve et sa dynamique à une ligne mélodique sûre, que la tonalité d’ut mineur lie admirablement au texte. On peut peut-être également noter une faiblesse générale quoique légère de Alexander Marco-Buhrmester, particulièrement sensible dans le deuxième mouvement de la cantate, où l’orchestre passe par-dessus la voix. On retrouve le même travers dans le troisième mouvement, tandis que les instruments jouant un peu à part de la basse dialoguent excellemment bien ensemble, mettant en relief les accents pour renforcer la respiration dynamique, soulignant avec légèreté et majesté la gloire de Joseph. Il est dommage que le final de ce mouvement soit flou, voire pâteux, laissant une impression confuse tranchant étrangement avec la précision du reste du concert. Impression immédiatement balayée par la superbe voix de Cornelia Ptassek, cette fois-ci un peu alourdie par l’orchestre (ah, le jeu des contrastes !), ce qui ne l’empêcha pas d’envelopper tout l’orchestre au cœur même de sa voix. Il conviendrait de s’arrêter sur ce quatrième mouvement, si beau et si pur, que la soprano sut mettre en valeur.

Sans se lasser, on peut écouter et réécouter ce passage unique et si peu connu, qui révèle peut-être beaucoup de la musique de Beethoven. Comment interpréter ce passage ? Beethoven a vingt ans, il n’est pas encore parti étudier à Vienne avec Haydn, il est déjà marqué par l’admiration pour Mozart, il n’a pas encore ouvert la révolution romantique de la Troisième symphonie et pourtant, peut-on dire que la puissance mélodique de ce passage est encore classique ? Certes, par endroits, oui, mais l’accompagnement orchestral ? Finalement Haydn avait bien raison en qualifiant son élève d’insaisissable et de libre par rapport aux règles. Beethoven est Beethoven, ni classique, ni romantique et pourtant l’un et l’autre. Inclassable parce qu’unique, à la croisée des chemins, sans clore l’ancien tout en ouvrant le suivant. Sans réellement prendre parti, Freidemann Layer, dans ce quatrième mouvement, laisse une certaine liberté qui donne finalement toute sa puissance à l’œuvre. On l’écoute et réécoute, et on se laisse encore surprendre. On attendrait une interprétation et c’est une autre qui vient tout aussi à propos. On réécoute et on s’attend à trouver une ligne, et c’est une autre qui se substitue, donnant une force de nouveauté aussi insaisissable qu’inlassable. Mais il nous faut accompagner Jospeh II jusqu’au tombeau et le cinquième mouvement déçoit un peu, après le précédent si féerique. Le dialogue violon et flûte est trop distinct, le crescendo des cordes trop lourd, sans pour autant entamer la pureté de la soprano. La reprise du premier mouvement en finale de la cantate permet de mieux appréhender ce début de concert et finalement d’y retrouver certains travers. Les bois donnent l’impression de se laisser surprendre par leur entrée. Toutefois, l’unité orchestrale est globalement bonne, si l’on excepte ces entrées sèches et quelques attaques un peu floues. Il est également dommage qu’à ce moment de l’œuvre les flûtes viennent se poser sur l’orchestre au lieu d’en sortir, perturbant en cela l’équilibre général. La fin de l’œuvre, quant à elle, aurait mérité la qualité du quatrième mouvement. Malheureusement elle manque de vie et, au lieu d’habiter dramatiquement cette mise au tombeau, l’ensemble musical laisse un vide, qui tranche d’autant plus que le reste de l’interprétation est admirablement habité.

On retrouve les mêmes qualités et défauts dans la Messe en Ut, même si l’unité de l’orchestre y est beaucoup plus grande. Toutefois les quelques lourdeurs de l’orchestre et notamment les entrées précipitées ou indélicates trahissent l’intention de la partition dans l’agnus. Notons également une faiblesse dans le récitatif du gloria et du credo. Faiblesse, mais peut être aussi, un lyrisme trop important, surtout sur le credo qui, avec la reprise du credo grégorien, indique pourtant une nette implication liturgique. Peut être en est-on resté ici à une influence trop importante des messes de Mozart. Or, et c’est précisément le reproche de la critique de l’époque à Beethoven, il n’y a rien dans les œuvres religieuses de Beethoven de l’effroi que l’on peut retrouver chez Mozart. Au contraire, il y a une clef de lecture commune à cette messe, la Missa solemnis et la Symphonie n°9. Clef commune, mais aussi clef en commun. Pour entrer dans Beethoven, il faut lire ensemble ces trois œuvres. Le Dieu de Beethoven est celui non seulement de l’optimisme, comme celui de Haydn, mais de l’espérance. Il n’est qu’à regarder le traitement peu académique (et iconoclaste liturgiquement parlant) de l’agnus. Beethoven ne s’arrête pas longtemps sur le miserere nobis, mais s’étend dès le second agnus sur le da nobis pacem au lieu de déployer, comme il se doit, trois parties égales et de ne traiter le da nobis pacem seulement dans la troisième partie. Mais il faut également lire cette messe comme une affirmation de l’incarnation, comme la Missa Solemnis. Ce que met très bien en relief l’interprétation de Layer. Les développements de ce thème dans le gloria, le credo, mais aussi étonnamment dans le sanctus, sont traités à la lumière des travaux de Beethoven sur la Symphonie n°5 et prennent de ce fait dans cette interprétation un relief particulièrement saisissant. D’une manière générale, le traitement assez libre par Beethoven du cadre rigoureux pourtant qu’est l’ordinaire d’une messe, révèle une réflexion personnelle sur le contenu de la foi tant pour l’espérance, la majesté, l’incarnation que la création, comme le rappelle dans la notice Dorian Astor en lien avec la pastorale. Citant Beethoven lui-même, Astor conclut : « Quelle splendeur, Ô Seigneur ! Ces forêts, ces voûtes respirent le calme, la paix qu’il faut pour te servir ». On comprend dès lors le traitement que Beethoven réserve ici au da nobis pacem. Un enregistrement somme toute de qualité, qui devrait compter dans la trop courte discographie des ces œuvres injustement peu connues.

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- Ludwig van Beethoven (1770-1827), ;
- Cantate pour la mort de Joseph II
- Mikaëla Komokar, Norah Gubisch ; messo-sopranos
- Yves Saelens, ténor
- Wild Scott, basse
- Messe en Ut majeur Op.86
- Comelia Ptassek, Davidchuka Gunda, sopranos
- Maria Soulis, alto
- Frédéric Autoun, ténor
- Petri Linroos, basse
- Chœur de la Radio Lettone. Chef de Chœur, Sigvards Klava
- Orchestre National de Montpellier
- Friedemann Layer, direction
- 1 cd Accord Universal











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