Le Danemark a compté plus de symphonistes au XXème siècle qu’aucun autre pays au monde, ce qui explique que certains, et des plus grands, n’aient encore qu’une reconnaissance confidentielle. Dans le cas de Paul von Klenau, les liens qu’il entretint avec l’Allemagne expliquent qu’il fut regardé avec une certaine suspicion dans sa patrie d’origine, où il ne revint s’installer que durant les sept dernières années de sa vie sans que son talent de compositeur soulève un quelconque enthousiasme, les deux dernières de ses neuf symphonies étant demeurées manuscrites. Après un disque de quatuors et un premier volume de l’œuvre symphonique, le label Dacapo paraît décidé à combler cet oubli.
L’amour se moque des sexes et le poète parle pour tous. Il n’est pas incongru de retrouver dans une bouche féminine les paroles plutôt masculines du Winterreise, pas plus qu’ailleurs comme dans les Nuits d’Eté de Berlioz.
Tâchons d’oublier l’antipathique personnage que fut Florent Schmitt, lorrain né par hasard français durant la guerre de 1870, pour nous pencher sur une partie de sa musique de piano (originale ou transcrite par ses soins) que nous propose le talentueux Vincent Larderet.
La distinction que nous accordons à ce disque est-elle indiscutable ? Sûrement pas : nous avons nous-mêmes changé radicalement d’avis au fil des écoutes. Signifie-t-elle que cet enregistrement constitue désormais la référence incontournable des deux chefs d’œuvre de la littérature pour quatuor que sont les Quatuors KV 421 et 465 ? Encore moins. Les partis pris par les Ébène sont trop singuliers pour qu’il puisse y prétendre (mais était-ce leur but ?). Alors cette interprétation est-elle superflue, puisqu’elle ne supplante pas ses glorieuses devancières ? Au contraire : elle soulève, à propos de la démarche des Ébène, mais aussi à propos de la musique pour quatuor de Mozart, des questions essentielles.
Quelle surprise de voir un label consacrer un disque à l’œuvre de Dora Pejačević dont il faut bien confesser que nous n’avions guère entendu parler avant, hormis par le fait que Schönberg (tout en émettant des réserves sur le fait qu’une jeune femme puisse être compositeur) présenta au public viennois en 1916, à l’incitation de l’influent écrivain et journaliste Karl Kraus, auteur du texte, son poème Verwandlung pour voix, violon et orgue. Le label n’a pas fait les choses à moitié, en ces temps de crise du disque, enregistrant deux œuvres orchestrales importantes, sous la direction d’Ari Rasilainen, gage de qualité, la deuxième bénéficiant de la présence au piano du réputé Volker Banfield.
L’association de ces deux compositeurs et de ces deux quatuors peut surprendre, si ce n’est le fait qu’ils partagent la même tonalité de ré mineur. Pourtant, le seul quatuor de maturité et la seule partition de chambre de grand intérêt de Sibelius, achevé en 1909, n’a été devancé que de quatre ans par celui de Schoenberg qui termina le sien en 1905. L’audace du programme n’est que de façade, à l’écoute de cette très intéressante version de deux œuvres qui ne sont finalement pas excessivement connues.
Que Malipiero ait été un compositeur important nous est révélé par l’abondance de son catalogue (onze symphonies numérotées, huit quatuors à cordes, environ dix-huit opéras), et le fait qu’il ait été le professeur de Luigi Nono et Bruno Maderna. Considéré comme appartenant tardivement à la Generazione dell Ottanta, il est parvenu à partir des années 1940 à combiner l’influence des compositeurs modernes et celle des anciens, pour lesquels il fournit un travail éditorial conséquent (notamment en ce qui concerne Monteverdi). Son œuvre se ressent de ces déchirements allant d’un néo-classicisme diatonique qui rappelle Martucci sans en posséder le charme à une liberté à la Hindemith : la seule constante de ce manteau d’Arlequin est son rejet des règles de composition austro-allemandes.
Il est plaisant de constater que la nouvelle génération d’interprètes a su prendre la relève des grands maîtres d’autrefois. Dans le cas de Johannes Brahms, le classicisme obligatoire dans ce genre de répertoire a fait long feu, le fait encore parfois. Nos jeunes dames du Trio Eskar passent outre et convainquent pareillement par d’autres moyens.
C’est avec reconnaissance (quoiqu’en ignorant l’étendu du projet d’ensemble) qu’on se tourne à nouveau vers Chandos pour découvrir deux pièces manquantes du catalogue de Weinberg, premières discographiques, même s’il n’en est humblement pas fait mention, la Troisième symphonie et la Quatrième suite de ballet de La Clef d’Or. Thord Svedlund continue son exploration de ce répertoire (commencée avec les symphonies de chambre pour le label Alto, déjà poursuivie avec l’Orchestre de Göteborg et Chandos pour les Symphonies n°1 et 7, qui n’étaient pas inédites) bénéficiant du son SACD, et signant ici un volume indispensable puisqu’il est sans concurrence.
La pianiste norvégienne Anne Kaasa semble avoir des affinités avec le répertoire français. Ce programme Debussy mélange des pièces créées à toutes époques, ce qui en permet une écoute en continu qui n’épuise pas l’oreille de l’auditeur.







